La soirée des adorateurs : la joie de se retrouver
Une soixantaine de personnes, pour la plupart gardiens adorateurs ou remplaçants, se sont retrouvées pour une belle soirée de partage et de fraternité.
Quel bonheur de prendre le temps de faire connaissance, d’échanger et de mieux découvrir ceux qui, semaine après semaine, se relaient auprès de Jésus présent au Très Saint-Sacrement ! Les conversations et les sourires ont donné à cette rencontre une atmosphère chaleureuse et joyeuse.
Après le cocktail de bienvenue, j’ai proposé un exposé sur l’adoration eucharistique : une occasion d’approfondir ensemble le sens de cette présence auprès du Seigneur et la place qu’elle peut prendre dans notre vie.
La soirée s’est poursuivie autour d’une exquise blanquette de veau. Dans cette ambiance conviviale, chacun a pu goûter autant le plaisir du repas que celui des échanges entre adorateurs.
À la suite de l’exposé, plusieurs personnes m’ont demandé de leur en transmettre le texte. J’ai donc souhaité le publier ci-dessous pour en faire profiter le plus grand nombre : ceux qui étaient présents, ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre, mais aussi toute personne désireuse de découvrir l’adoration.
Merci à ceux qui ont contribué à cette belle soirée, par leur aide, leur présence et leur bonne humeur.
Je vous laisse découvrir ces paroles, avec le souhait qu’elles nourrissent votre prière et vous donnent envie de venir, ou de revenir, passer un moment auprès de Jésus.
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Chers amis,
Imaginez un instant…
Il est deux heures du matin. Les maisons sont silencieuses. Les magasins sont fermés. Les rues se sont vidées.
Et dans une église, quelqu’un pousse doucement une porte.
Pourquoi vient-il à cette heure-là ? Avec qui a-t-il rendez-vous ?
Il entre, s’incline, puis s’assied devant le Saint-Sacrement.
Extérieurement, presque rien ne se passe.
Et pourtant, cet homme, cette femme, vient accomplir quelque chose de très grand : se tenir devant Jésus, pour l’aimer, se laisser aimer… et lui confier le monde.
Voilà l’adoration.
Mais qu’est-ce que cette présence change dans notre vie ? Que peut-elle apporter à une paroisse ? Au monde ? Et que signifie cette belle responsabilité de gardien du Saint-Sacrement ?
Je vous propose d’entrer ensemble dans ce mystère.
Commençons par l’essentiel.
Quand nous venons adorer, nous ne venons pas simplement regarder un objet religieux, ni nous recueillir devant le souvenir de quelqu’un qui a vécu autrefois.
Dans la foi de l’Église, sous les apparences du pain consacré, Jésus ressuscité est réellement présent.
Celui qui a accueilli les pauvres, relevé les pécheurs, pleuré avec ceux qui pleurent, donné sa vie pour nous… est là.
Quelle grandeur ! Et quelle discrétion !
Nous aimerions parfois que Dieu s’impose, qu’il se manifeste avec éclat. Mais ici, il vient dans l’humilité. Il se rend accessible. Il nous laisse libres de nous approcher.
Alors, je vous pose une question :
Si nous étions vraiment convaincus que Jésus nous attend, comment franchirions-nous la porte de l’église ?
Peut-être avec davantage de joie. Peut-être avec moins de précipitation.
Et surtout avec cette certitude : « Je ne viens pas dans le vide. Je viens rencontrer quelqu’un. »
L’adoration naît de la messe et nous y ramène. À la messe, nous célébrons le sacrifice du Christ et nous recevons son don ; dans l’adoration, nous demeurons auprès de celui qui s’est donné.
Nous prenons le temps de laisser cette rencontre descendre dans notre cœur.
Après avoir reconnu que Jésus est réellement présent, il nous faut maintenant comprendre comment nous tenir devant lui, simplement et avec confiance.
Mais une fois assis… que faire ?
Certains pensent : « Je ne sais pas prier. Je manque de mots. Je suis distrait. Les autres doivent être bien plus recueillis que moi. »
Rassurez-vous : nous ne venons pas passer un examen de prière !
Nous venons avec notre vie réelle : nos joies, nos soucis, notre fatigue, parfois notre impatience.
Nous pouvons commencer très simplement :
« Jésus, me voici. Je crois que tu es là. Je t’offre cette heure. Aide-moi à être avec toi. »
Puis remercier. Demander pardon. Confier quelqu’un. Lire quelques lignes de l’Évangile. Et laisser un peu de silence.
Ce silence nous apprend quelque chose de précieux : nous n’avons pas besoin de remplir tout l’espace pour être aimés.
Dans nos journées, nous devons souvent produire, expliquer, répondre, prouver que nous sommes utiles.
Devant Jésus, nous pouvons déposer tout cela.
Nous ne sommes pas aimés parce que notre prière est brillante. Nous pouvons venir parce que nous sommes aimés.
Et lorsque les distractions reviennent, revenons doucement à lui. Cent fois, s’il le faut.
Ce retour humble est déjà un acte d’amour.
Même une heure aride, où nous ne ressentons rien, peut être une heure de fidélité profonde.
Lorsque nous acceptons ainsi de nous présenter à Jésus avec nos pauvretés, son regard commence peu à peu à éclairer notre vie.
Le psaume nous dit :
« Qui regarde vers lui resplendira. »
Quelle belle parole pour les adorateurs !
De quelle lumière parlons-nous ?
Il ne s’agit pas nécessairement d’une émotion extraordinaire, d’une vision ou d’une réponse immédiate à toutes nos questions.
La lumière du Christ peut être beaucoup plus discrète.
Nous arrivons avec une rancune… et nous commençons à désirer la paix.
Nous arrivons persuadés d’avoir entièrement raison… et nous découvrons que nous avons aussi quelque chose à demander pardon.
Nous arrivons enfermés dans une inquiétude… et nous pouvons enfin dire : « Seigneur, aide-moi à traverser cela avec toi. »
Le problème n’a peut-être pas disparu. Mais nous ne le portons plus tout à fait de la même manière.
Parfois, cette lumière nous console. Parfois, elle nous dérange.
Elle éclaire une parole blessante, un attachement excessif, une personne que nous avons négligée.
Mais Jésus nous éclaire pour nous relever.
Sa lumière nous aide à voir plus vrai, et à aimer mieux.
Attention toutefois : toute pensée qui traverse notre esprit pendant l’adoration n’est pas automatiquement une parole de Dieu. Une lumière se discerne à la lumière de l’Évangile, dans la durée, et, si nécessaire, avec un accompagnement.
Nous ne cherchons pas des impressions exceptionnelles. Nous cherchons à ouvrir notre vie au Seigneur.
Or, une lumière véritable ne reste pas seulement dans notre cœur : elle transforme progressivement notre manière de vivre et d’agir.
Comment reconnaître cette transformation ?
Je vous propose un exemple.
Quelqu’un vient adorer régulièrement. Il connaît de belles prières. Il reste longtemps devant le Saint-Sacrement.
Mais à la maison, une remarque suffit à déclencher une dispute.
Alors, la question est simple :
La paix que je recherche devant Jésus, est-ce que je consens à la porter dans ma cuisine, dans ma famille, dans mes conversations ?
C’est là que notre adoration trouve un prolongement concret.
La transformation ne se mesure pas seulement au nombre d’heures passées à l’église. Elle apparaît aussi dans une patience nouvelle, une parole retenue, un service rendu, un pardon demandé.
Nous pouvons quitter notre heure avec cette question :
« Jésus, quel petit acte d’amour puis-je poser aujourd’hui ? »
Téléphoner à une personne seule.
Écouter sans interrompre.
Renoncer à raconter une médisance.
Faire le premier pas après une dispute.
L’adoration nous dispose à recevoir la grâce ; elle appelle aussi notre réponse libre.
Les changements sont souvent lents. Nous retrouvons nos fragilités. Nous avons parfois besoin du sacrement de réconciliation, d’un conseil, d’une aide concrète.
Mais nous apprenons à revenir au Christ, et à recommencer avec lui.
Et lorsque plusieurs personnes se laissent ainsi transformer par le Christ, c’est toute la communauté paroissiale qui peut être renouvelée.
Une paroisse a besoin de beaucoup de choses : de prêtres, de bénévoles, de catéchistes, de personnes qui visitent les malades, de moyens matériels.
Et elle a besoin de demeurer attachée à Jésus.
L’adoration nous rappelle pour qui nous faisons tout cela.
Devant le Saint-Sacrement, nous pouvons confier notre curé, les enfants qui découvrent la foi, les couples en difficulté, les personnes endeuillées, ceux qui se sentent loin de l’Église.
Nous pouvons aussi confier les personnes avec lesquelles nous avons du mal à nous entendre.
Car une paroisse rassemble des sensibilités, des caractères et des histoires différentes.
Que se passe-t-il lorsque nous apprenons à porter ces différences devant le même Seigneur ?
Nous pouvons devenir plus fraternels, plus attentifs, moins prompts à juger.
Une paroisse qui adore est appelée à devenir une paroisse qui accueille.
Imaginez quelqu’un qui entre timidement dans l’église. Il ne connaît personne. Peut-être n’a-t-il pas prié depuis des années.
Il découvre un lieu paisible, puis un regard bienveillant.
Notre présence silencieuse et notre manière de l’accueillir peuvent l’aider à oser rester.
Nous préparons ainsi un espace où une rencontre avec le Christ devient possible.
Cette fraternité vécue dans la paroisse peut ensuite s’élargir à tous ceux qui souffrent et que nous portons dans notre prière.
Et le monde ?
Que peut notre petite heure devant les guerres, la violence, la solitude, toutes les souffrances que nous découvrons chaque jour ?
Nous pourrions penser : « C’est si peu… »
Mais dans la foi, nous croyons que Dieu accueille notre intercession, même lorsque ses fruits nous échappent.
Nous ne pouvons pas mesurer les effets d’une heure d’adoration, ni affirmer qu’elle produira tel événement.
Nous pouvons cependant offrir cette heure avec confiance.
Celui qui veille peut porter dans sa prière la personne hospitalisée qui ne dort pas, les parents inquiets, les victimes de la guerre, le prisonnier, l’enfant abandonné.
Il peut dire :
« Seigneur, je ne connais pas tous leurs noms. Toi, tu les connais. Je te les confie. »
Et cette prière nous engage.
Si je confie les personnes seules, peut-être suis-je appelé à rendre visite à l’une d’elles.
Si je prie pour la paix, je peux commencer par surveiller mes propres paroles.
Si je prie pour les pauvres, je peux ouvrir mon temps, ma table ou mon portefeuille.
L’amour reçu auprès du Christ devient alors une présence offerte aux autres.
Pour que cette prière et cet engagement puissent durer, ils ont besoin de personnes qui acceptent concrètement de veiller auprès du Saint-Sacrement.
Venons-en à ce mot : gardien.
Il exprime une mission très concrète.
Quand je m’engage pour un créneau, d’autres personnes comptent sur moi. Ma fidélité permet à cette veille de se poursuivre.
Cela signifie arriver à l’heure, respecter le silence, suivre les consignes de sécurité, préparer mon remplacement si je dois m’absenter.
Et si la relève n’arrive pas, prévenir le responsable et suivre la procédure prévue. Le Saint-Sacrement exposé ne doit pas être laissé sans surveillance suffisante.
Il peut arriver d’être malade ou empêché. Ce n’est pas une faute de tomber malade ! La responsabilité consiste alors à avertir et à chercher une solution avec les autres.
Nous portons ensemble cette veille.
Mais être gardien va plus loin.
Nous veillons sur un lieu où d’autres pourront venir prier.
Nous veillons à la qualité de notre accueil.
Nous veillons aussi sur notre propre cœur, pour que la familiarité ne nous fasse pas oublier la grandeur de cette présence.
Et voici le paradoxe merveilleux :
Nous venons veiller auprès de Jésus… et nous découvrons qu’il veille sur nous.
Nous lui offrons notre attention, et nous recevons la possibilité de déposer devant lui ce qui nous pèse.
Après avoir compris le sens de cette mission, nous pouvons maintenant repartir avec quelques paroles simples pour vivre concrètement notre prochaine heure d’adoration.
Chers amis,
Lors de notre prochaine heure d’adoration, je vous propose trois paroles très simples.
En arrivant :
« Jésus, me voici. »
Pendant l’adoration :
« Éclaire mon cœur. »
Et avant de partir :
« Apprends-moi à porter ton amour à quelqu’un. »
Nous n’avons pas besoin d’attendre d’être parfaits pour commencer.
Nous pouvons venir pauvres, fatigués, distraits, avec une foi fragile.
Puis consentir à cette présence. Revenir. Persévérer.
Et laisser le Christ éclairer peu à peu notre manière de vivre.
Car la lumière reçue dans l’adoration est appelée à rejoindre nos maisons, notre paroisse, nos relations, nos lieux de travail et les personnes que nous croisons.
Alors, peut-être découvrirons-nous ceci :
Nous pensions réserver une heure pour Jésus…
Et cette heure nous aide à lui ouvrir toute notre vie.
Seigneur Jésus,
apprends-nous à demeurer auprès de toi.
Éclaire ce qui est obscur dans nos cœurs.
Donne-nous la fidélité des veilleurs,
la douceur de ceux qui accueillent,
et le courage d’aimer concrètement.
Que notre adoration porte du fruit
pour notre paroisse et pour le monde.
Amen.
Samuel